La mnémothérapie musicale en pratique

et guide d’utilisation de l’application

soignants / aidants familiaux et professionnels

Guide réalisé par Dr J-C Broutart, Dr  L Sémon

 

En pratique

La mnémothérapie consiste à utiliser la mémoire inconsciente (non altérée) pour réactiver la mémoire autobiographique des faits anciens toujours présents, puisque encodés avant la maladie mais non récupérables volontairement puisque le rappel volontaire (remémoration) dépend de l’hippocampe qui est altéré.

  1. Comment stimuler électivement le circuit inconscient ?

Toutes les sensorialités peuvent être utilisées comme stimulus : 

– avant tout, ne pas faire appel à la remémoration consciente, c’est-à-dire éviter les questions, les évocations, les discussions à propos de ce que l’on va faire car cela orienterait vers le circuit volontaire et conscient.

– le stimulus sensoriel doit en effet être imprévu, connu, connecté

– le caractère imprévu du stimulus sensoriel déclenche une émotion : la surprise. C’est cette émotion qui enclenche le circuit émotionnel inconscient.

Lorsque le stimulus est reconnu cela se manifeste par la joie, joie de la reconnaissance. La connexion à un réseau mémoriel qui est ainsi réactivé permet de revivre un épisode de son passé au présent, en acteur, dans la joie de retrouver tous les détails sensoriels et émotionnels : ce sont les reviviscences.

  1. Quelles sensorialités choisir ?

Nous avons privilégié la musique pour trois raisons :

– les enregistrements de l’époque permettent de faire écouter très exactement l’identique de ce qui a été entendu et encodé de nombreuses années auparavant. Ainsi l’empreinte synaptique ancienne va entrer en résonance et les oscillations se propagent à tout le réseau mémoriel

– les études neuroscientifiques ont montré que la mémoire musicale est très longtemps conservée, même dans les cas de maladie d’Alzheimer très avancée

« La musique est le langage de l’émotion et l’émotion favorise la récupération d’un passé toujours présent et toujours vivant »

Que faire et ne pas faire :

A ne pas  faire :

  1. Se contenter de faire écouter de la musique.

Le patient doit sentir tout au long de la séance l’intérêt porté par l’aidant à cette écoute musicale et la joie partagée lors de la survenue de reviviscences : la mnémothérapie implique l’empathie.

  1. Faire seulement écouter des musiques qui plaisent.

Le but n’est pas de faire plaisir mais de faire émerger des reviviscences.

  1. Évoquer des souvenirs.

L’évocation de souvenirs va orienter sur le circuit volontaire et conscient des souvenirs. Il faut au contraire orienter vers le circuit émotionnel, en utilisant notamment la surprise via des écoutes musicales imprévues.

  1. Prévenir à l’avance de la musique que l’on va faire écouter.

Ce serait, là encore, se priver du déclenchement du circuit émotionnel, qui seul peut conduire aux reviviscences.

A faire :

  1. Constituer une playlist musicale personnalisée en tenant compte :

– Du parcours de vie, de l’avis des familles et du dossier médical

– Du pic de réminiscence : enfance et adolescence

– Et surtout des manifestations de bonheur obtenues pour certaines pièces musicales dont nous avons montré par ailleurs qu’elles sont spécifiques et reproductibles

  1. Réunir les conditions d’écoute favorables :

– Climat calme, protégé, sans distractions visuelles ou auditives

– Mise en confiance, marque d’intérêt et d’amitié

– Empathie partagée

– Ces conditions permettent de faire émerger, d’accompagner, « d’accoucher » ces rêves éveillés provoqués, vivants, mais éphémères que sont les reviviscences

  1. Pratiquer des séances d’environ 30 à 60 minutes, plusieurs fois par semaine si possible :la reproductibilité des émotions est identique à chaque séance grâce à l’amnésie antérograde qui permet de conserver le caractère « imprévu ». Cette reproductibilité peut durer des années (nous avons actuellement plus de sept ans de recul).

– Développer grâce à la répétition des séances un véritable apprentissage inconscient du bonheur retrouvé qui influe sur l’humeur et les sentiments du patient.

– Filmer les séances avec l’accord des patients, des familles, et du centre ou de l’EHPAD, afin d’analyser, de partager et d’évaluer.

– Former les familles, les aidants, les proches, pour qu’ils puissent participer activement à cette thérapie

– Rendre cette thérapie facile et ludique grâce à l’utilisation d’une application « Mnémothérapie »

 

L’application

L’application « Mnémothérapie » permet, au patient idéalement aidé de son proche (soignant ou parent), d’établir sa propre play-list personnalisée, afin de pouvoir l’écouter tous les jours.

Cette application a pour but de faciliter la pratique courante de la mnémothérapie musicale et d’y sensibiliser l’entourage familial ou soignant du patient.

  1. Il existe deux façons d’utiliser l’application :
  2. Pour le soignant au domicile ou en institution : le soignant peut créer un compte pour chaque patient pris en charge, et ainsi créer une play-list personnalisée et la faire écouter lors de chaque intervention.
  3. Pour le patient, aidé de son proche : le patient (avec son proche) peut se créer son propre compte et y revenir tous les jours, que ce soit pour achever de constituer la play-list ou pour la jouer partiellement ou dans son intégralité.

Pour ce qui est de l’utilisation par les soignants, l’application permet la continuité des soins : si le soignant est différent, il lui suffit de se connecter sur le compte spécifique de chaque patient, afin de reprendre la constitution de la play-list, ou de la jouer, et de reprendre ainsi le travail, sans refaire ce qui a été fait au préalable.

Pour ce qui est de l’utilisation par le patient, il peut se connecter à son compte avec son aidant, et ainsi étoffer sa play-list au fur et à mesure des écoutes, et la jouer à l’envie avec l’aide de son proche aidant. En effet, si le patient peut utiliser l’application seul, il ne s’agit pas du mode à privilégier car les reviviscences ne surviennent que dans le cadre d’une relation duelle et empathique. Dans le cas où il existe un ou plusieurs aidants (professionnels ou familiaux), ceux-ci peuvent intervenir successivement sur le compte du patient pour reprendre la constitution de la play-list, ou la jouer.

 

  1. En pratique courante :

L’aidant, qu’il soit soignant ou parent, peut utiliser l’application aussi souvent que le patient le souhaite, jusqu’à une utilisation quotidienne. Il est toutefois important de veiller à quelques précautions :

– prévoir la séance de mnémothérapie à une heure ou le patient est réceptif, non somnolent.

– en institution la séance peut également se prévoir au cours d’un soin afin d’apaiser le patient.

– veiller à respecter la fatigabilité du patient (on ne note pas d’intérêt à faire durer la séance au-delà d’une heure)

– enfin, veiller aux précautions d’usage au maniement d’une tablette ou d’un téléphone (port de lunettes si nécessaire, chargement de la tablette ou du téléphone afin d’éviter un arrêt brutal de la séance, qui nuirait à d’éventuelles reviviscences)

Liens utiles et sites :

http://www.innovation-alzheimer.fr

http://association-mam.fr/

 

En savoir plus sur la Mnémothérapie musicale (LIEN)